Dégustation Frédéric SAVART (Ecueil / Champagne)

A la CAVE des Climats, le 17 mai 2018

Un très très grand MERCI à Frederic Savart pour la dégustation totalement enthousiasmante du jeudi 17 mai 2018 durant laquelle il a partagé avec nous avec beaucoup de générosité sa passion pour ses terroirs, ses vignes et ses vins.

D’emblée, Frédéric a planté le décor en nous expliquant qu’à l’origine il ne se destinait pas du tout à la vigne mais au football professionnel avec un premier « contrat de jeunesse » au stade de Reims. C’est au moment de faire le choix de départ vers d’autres clubs très cotés dans d’autres régions qu’il a finalement préféré reprendre ses études pour faire viti-oeno et rejoindre son père sur le domaine familial. On ne peut s’empêcher de penser que le monde du football a certainement perdu quelque chose mais que c’est tant mieux pour nous ! 😉

Depuis, Frédéric cherche la qualité, la sincérité et l’identité en toute chose. 
Il a été le premier de son village a arrêté les désherbants et à se tourner vers une viticulture basée sur les principes de la culture biologique, privilégiant l’enherbement, le travail des sols et la biodiversité au sein des vignes. Presque la moitié du Domaine de 4 Ha est labouré avec un cheval et sur certaines parcelles, l’herbe est « simplement » tondue, 4 à 5 fois dans l’année pour laisser la vie des sols se développer dans son expression la plus libre.
Avec le travail des sols, en coupant les racines superficielles, Frédéric oblige ses vignes à développer une chevelure racinaire en profondeur, pour aller chercher la quintessence des nutriments de ses terroirs et donc leur identité la plus fine. 
Frédéric revendique clairement faire des vins « de sous-sol » plutôt que des vins de sol.
L’ensemble des travaux de la vigne sont réalisé à la main, et toute son attention se porte vers l’obtention du raisin le meilleur possible.

En cave, la recherche de qualité et d'identité est également permanente à tous les niveaux.
Depuis 2005, toutes les cuvées sont vinifiées sous bois (entièrement ou partiellement) avec une grande proportion de fûts neufs issus de la forêt toute proche du village d’Ecueil sur la petite montagne de Reims. Le bâtonnage n’est pas utilisé contrairement aux fermentations malolactiques qui sont encouragées. Pendant la phase de prise de mousse, toutes les bouteilles sont remuées manuellement. La qualité des bouchons est primordiale avec deux miroirs 100% fleur. Certaines cuvée très haut gamme ont même deux bouchons : un premier pour la prise de mousse attaché avec une agrafe, puis un second - le bouchon final - après le dégorgement et l’introduction de la liqueur de dosage.

L’ensemble des vins dégustés nous a conquis par leur élégance, leur précision et leur identité.

Nous avons démarré par 2 "BSA" (cuvées Brut Sans Année) :
- L’Ouverture - 1er Cru Brut : Pinot Noir 100% sur 3 années - Dosage 6g/L - Terroir Ecueil + un peu d’achat de raisin : Un blanc de noir à la bouche fraîche et au très bel équilibre – la carte de visite du Domaine...

- L’Accomplie - 1er Cru extra-brut : Pinot Noir 80% / Chardonnay 20% sur 3 années - Dosage 2g/L - Terroirs Ecueil et lieu-dit le « Mont Benoît » sur Villers-aux-Nœuds : Une cuvée vineuse et aérienne avec beaucoup d’élégance

Puis 2 parcellaires millésimés isolés pour la première fois sur l’année 2013 et dégustés avec nous sur le millésime 2014 :
- Le Mont des Chrétiens - 1er Cru Extra Brut : 100% Chardonnay - Dosage 2g/L - Village Ecueil / Lieu-dit Le Mont des Chrétiens : un blanc de blanc exceptionnel et atypique venant d’un terroir réputé pour ses pinots noirs

- Le Mont Benoît - 1er Cru Extra Brut : Pinot Noir 95% / Chardonnay 5%pressés ensemble - Dosage 2g/L - lieu-dit le « Mont Benoît » sur Villers-aux-Nœuds complenté à 5% – terroir argilo-calcaire : une cuvée vibrante et lumineuse avec une très belle tension

Et nous avons fini avec la cuvée Expression - 1er Cru Brut Nature (zéro dosage), créée en 2009 et composée à 100% des très vieilles vignes de Pinot Noir en sélection massales des grands-parents sur le village d’Ecueil sur les lieux-dits Ailes, caillots derrière Moutier et Gillys : une merveille de Pinot Noir dans son expression la plus pure…

Depuis peu, pour accompagner la création de ses cuvées mono-parcellaires sans déséquilibrer ses BSA, Frédéric s’est lancé dans l’achat de raisin auprès de quelques vignerons dont il suit toutes les étapes de travail à la vigne. Le développement de cette petite partie de Négoce peut fournir au Domaine un ballon d’oxygène permettant de le sécuriser dans les enchainements de millésimes « sportifs » et de lui donner la liberté d’expérimenter encore plus.

Si on demande à Frédéric quels sont ses millésimes préférés, immédiatement il répond que 2015 est un millésime exceptionnel mais qu’il n’y avait rien à faire et que lui préfère les millésimes où il a dû se battre comme un dingue pour sortir quelque chose de bon comme en 2016 et en 2017.

Le seul bémol de toute cette dégustation fut de réaliser que 80% de la production du Domaine partait à l’Export… Étant donné la taille du Domaine, forcément les vins de Frédéric sont très difficiles à trouver. 😞
Faites-nous confiance pour ne pas le lâcher sur ce sujet 🤓

Vous l’aurez compris, malgré ce léger bémol, nous sommes très très fans de l’homme, de sa vision de son métier et de ses vins 😍

 

Dégustation Jérôme CASTAGNIER (Morey-Saint-Denis / Bourgogne)

À la CAVE des CLIMATS, le 12 avril 2018

Un immense MERCi à Jérôme CASTAGNIER pour l’extrêmement riche dégustation du jeudi 12 avril 2018. Il est peu de dire que Jérôme est passionné par le vin d’une façon générale, ses vins en particulier, ses vignes, ses parcelles et son village de Morey-Saint-Denis.

La dégustation a démarré dans le vif d’un sujet qui lui tient tout particulièrement à cœur : la déstabilisation de la Bourgogne viticole par les rachats récents de domaines à des prix stratosphériques par de riches investisseurs, avec notamment deux transactions phares à Morey (La famille Pinault réalisant le plus gros investissement de l’histoire de la Bourgogne à l’automne dernier en rachetant le Clos de Tart -7,5 Ha - pour environ 250M€ , et Bernard Arnaud le Clos des Lambrays – 8,7Ha – pour environ 100 M€ en 2014-), sans qu’évidemment les vignerons de Morey ou même la SAFER ne puissent intervenir. L’élément positif est que ces grands Domaines sont restés sous pavillon français. L’élément très compliqué pour tous les vignerons bourguignons est qu’acheter des vignes aujourd’hui devient quasiment impossible pour eux et les transmettre à leurs enfants éminemment coûteux. Les vignerons Bourguignons sont-ils appelés à devenir les métayers de leur propre Domaine ⁉️

L’histoire du Domaine Castagnier – 4 Ha dont la moitié en Grand cru - est singulière en ceci que les vignes ont été transmises par une lignée de femmes de caractère, enfant unique de chaque génération de propriétaire. Le Domaine, créé par Jules Seguin, a donc changé plusieurs fois de nom avant de prendre celui du père de Jérôme, Guy Castagnier à la fin des années 70. Jérôme – 5e génération sur le Domaine - enfant unique lui-même, premier héritier « mâle » de ce très beau patrimoine viticole (une bouteille sur deux qui sort du Domaine est un Grand Cru), a tout d’abord choisi la musique – la trompette pour être précise - comme direction de vie. Cette passion-là, lui a même fait quitter temporairement sa Bourgogne natale pour Paris où après le Conservatoire il a intégré l’orchestre de la Garde Républicaine. Et c’est donc sur la base d’un vrai choix, nourrit par son évolution personnelle, qu’il a rejoint son père sur le Domaine en 2005.

Très vite, par un enchainement de circonstances, il a pris les choses en main tout en menant des études viticoles et en démarrant en parallèle une activité de Négoce.

Aujourd’hui, il travaille 25 appellations dont 12 sur le Domaine familial (voire 13 quand il fait du rosé) et 12 sur son négoce dont 10 Grands Crus. Tout le Domaine est travaillé en culture biologique et en biodynamie à quasi 100% dans la vigne et à 100% en cuverie sans label ni revendication sur les bouteilles.

Pour notre dégustation, Jérôme avait choisi de nous donner à voir les identités très fortes de ses terroirs sur 3 niveaux d’appellation (Régionale, Village et Grand Cru) sur une seule couleur (Rouge) et essentiellement un millésime – le 2016 mis en bouteille il y a tout juste un mois (un « nouveau-né » donc…).

Alors, il faut tout de suite dire que le millésime 2016 n’est pas tout à fait un nouveau-né comme les autres… Jérôme considère que les 2016 sont exceptionnels, présentant les très grandes qualités du millésime 2015 (complexité, élégance, onctuosité, toucher de bouche très fin…) avec l’énergie en plus… Des vins « lumineux » ! La mauvaise nouvelle est que les quantités sur ce millésime sont extrêmement réduites du fait notamment de la tristement célèbre nuit de gelée noire du 26 au 27 avril 2016.

Clairement les 2016 ne commenceront à donner la mesure de leur qualité que d’ici 3 à 5 ans avec un potentiel de garde de 15 à 20 ans, mais déguster un tel programme, sur ce très jeune âge est un privilège rare…

-  Nous avons démarré la dégustation par la plus petite appellation du Domaine en rouge : Les Coteaux Bourguignons.
Les Coteaux Bourguignons sont une appellation régionale créée en 2011 en remplacement du BGO (Bourgogne Grand Ordinaire) jugé peu valorisant. Cette AOC est produite sur tout le territoire de la grande Bourgogne de l’Auxerrois au Beaujolais, sur 3 couleurs (blanc, rouge, rosé) avec une grande liberté de cépage (pinot noir, chardonnay, gamay, césar, melon, pinot blanc etc.). Contrairement à la quasi-totalité des appellations bourguignonnes qui fournissent des vins monocépages, les Coteaux-Bourguignons, comme le Bourgogne-Passetoutgrain, peuvent provenir d'assemblages. La diversité des vins, tant en matière de terroirs que de composition des assemblages, rend difficile de déterminer une typicité de l’appellation.
Ceux de Jérôme sont des 100% Pinot Noir et proviennent – comme tous ses vins -d’une seule parcelle, en l’occurrence « Les Pertuisées » sur Morey-Saint-Denis avec des vignes d’une cinquantaine d’année. C’est donc une magnifique entrée de gamme, traitée avec la même exigence que tous les autres vins du Domaine. Une très belle expression simple du Pinot Noir, sur le fruit avec un bel équilibre. Un vin de « Copain » selon l’expression même de Jérôme, au très haut degré de buvabilité et d’accessibilité de par son prix.

- Puis, nous avons dégusté son Gevrey-Chambertin village produit à partir du climat  « Les Seuvrées » (la plus « Moreysienne » des parcelles de Gevrey) . Une cuvée aux arômes de cerise, avec plus de construction, de fruits, de densité et de longueur. Le climat n’est pas revendiqué sur la bouteille, car Jérôme ne pouvant pas le faire sur son Chambolle Village produit à partir d’un climat avec 2 niveaux d’appellation, a décidé de ne le faire pour aucun de ses villages !

- Ensuite nous avons démarré la très belle série des Grands Crus du Domaine par son Charmes-Chambertin GC d’une grande élégance, avec un toucher de bouche extrêmement soyeux. Une des parcelles préférées de son arrière- grand-mère Ernestine avec des vignes âgées de 70 à 75 ans.

Jérôme nous a présenté dans la foulée 2 expressions très différentes des Grands Crus de Morey connus pour marier les qualités des Vins de Chambolle (finesse, élégance) et la très belle structure des vins de Gevrey J

Le Clos Saint-Denis : Une de ses parcelles préférées sur un des Climats historiques de Morey mais aussi le plus petit Grand Cru de Morey en surface (6,07Ha). Seuls une poignée de Vignerons en produit. Élégance, toucher très soyeux, finale enrobée presque minérale, un vin qui se révèle progressivement en bouche.

- et Le Clos de la Roche qui lui au contraire se développe dès l’attaque avec une perception ronde, enveloppante puis un côté graphite en finale.

- La série des 2016 prévus au programme s’est terminée avec Le Clos de Vougeot, le plus grand clos en surface de la Bourgogne travaillé par environ 90 vignerons. La parcelle de Jérôme est connexe aux Grands Echezeaux Grand Cru. Un très grand vin aux fruits plus noirs avec des arômes de violette, une bouche structurée d’une très belle complexité.

- Nous sommes ensuite revenus sur le Clos Saint-Denis (que les plus malins d’entre nous avaient gardé dans un de leur verres sur le millésime 2016) pour le déguster sur le millésime 2006, 1er millésime réalisé quasi seul par Jérôme suite à un accident de son père. Le voyage du 2016 au 2006 nous a permis de percevoir l’apport du temps sur cette cuvée si élégante notamment le magnifique toucher de bouche très soyeux et l’apparition des arômes tertiaires.

-  Jérôme nous avait fait la surprise d’apporter un grand cru supplémentaire en final de ce programme déjà exceptionnel : Retour sur le millésime 2016 mais cette fois avec un blanc de son négoce… Un Corton Charlemagne Grand Cru qu’il affectionne tout particulièrement, d’une magnifique gourmandise, avec une extrême finesse et une très belle minéralité.

Dans la série des très très bonnes nouvelles  :

  • Jérôme garde 60% de sa production en France (40% pour les particuliers et 20% pour les restaurants/cavistes) ce qui lui a valu une double ovation de notre petit groupe de dégustateurs conquis.
  • Il reçoit volontiers au Domaine (sur Rendez-vous),
  • et cherche à garder des tarifs raisonnables afin que même ses Grands Crus puissent être bus par des amateurs non nécessairement multimillionnaires.
  • Nous avons une sélection du millésime 2016 en pré-vente à la CAVE !!!!!  Les toutes nouvelles étiquettes du millésime ne sont pas encore sur les bouteilles mais nous recevrons les vins en mai. Alors évidemment, les quantités seront extrêmement limitées. Nous vous encourageons donc fortement à ne pas tarder à les réserver ;-)

Vivement l’année prochaine, pour une dégustation des autres appellations travaillées par Jérôme et notamment de ses blancs. On ne lui en a pas encore parlé, mais on ne voit pas comment on peut faire sans 😉